dimanche 15 mars 2015

Journalistes, journalistes ...

Parmi les articles restés des années dans la rubrique "Brouillons",  j'avais esquissé celui-ci il y a bien deux ans maintenant, alors agacé par les manies du monde médiatique avec quelques exemples locaux :
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Petit article pour se "distraire" et essayer de sourire à cette triste mentalité journalistique à laquelle nous avons à faire à chaque incident ou accident aérien, et même, lorsque rien ne se passe ! ...
Une collision a été évitée de justesse en fin de matinée à l’aéroport Roland Garros entre deux avions. Selon les premiers témoignages recueillis sur place, le vol de Corsair aurait coupé la route d’Air Mauritius.
Aligné en finale sur la piste 12, le pilote du long courrier de Corsair se serait dérouté au dernier moment évitant ainsi la collision. L’erreur aurait eu lieu au moment de l’atterrissage. Voyant qu’il n’était pas sur la piste longue, le commandant de bord aurait alors effectué une manœuvre hasardeuse coupant dangereusement la route de l’avion mauricien qui, lui, était resté fidèle à son plan de vol. 
Contactée par nos soins, la Direction Générale de l’Aviation Civile s’est pour refusé, pour le moment, à tout commentaire…
Plus d’informations dans éditions radio et télé sur Réunion 1ère à 12h00 et 12h30.
(Article)


Je ne pense pas qu'il soit question d’antipathie mais à lire de telles aberrations, les médias, dans un tel cas, quelle chose bien inutile...
Et plus le temps passe, plus il y a de quoi se rendre compte de la fragilité de ce moyen de diffusion grand public. Dans un article précédant, concernant le crash du vol AF447, j'avais brièvement parlé de l'agitation médiatique et des suppositions aberrantes des journalistes, qui avaient vraiment de quoi choquer, du moins les amateurs du domaine aéronautique. Mais cette manie ne s'arrête bien évidemment pas là.

L'exemple le plus récent, en date du 12 novembre, dans l'actualité locale (article ci-dessus) ne relate en fait rien d'autre que le banal circuit d'attente auquel a été soumis le vol Corsair 910, cause trafic. C'est donc à cause d'un témoin au sol certainement très averti de ce type de procédure et franchement pas très à l'aise en vision binoculaire, et surtout, d'un journaliste qui a fait preuve d'un manque certain de rigueur dans son travail, que le monde entier et plus particulièrement toute la population réunionnaise a pu être impressionnée par cette quasi-catastrophe aérienne.

Enregistrement radio (à partir de 2:40)

L'article a été modifié par la suite, des "?" ont été rajoutés, ainsi que l'emploi du conditionnel ... (ce qui gâche grandement l’appât médiatique).


         Les procédures ont été respectées...selon la DGAC !


par Erwann Ponnet


Dérouté alors qu’il était déjà en finale à Gillot, le vol SS910 de Corsair a effectué une procédure d’attente. Une procédure tout à fait banale selon la Direction de l’Aviation Civile. Rien de bien significatif ne se serait donc passé , en fin de matinée, dans le ciel de Saint-Denis ?


Les deux avions étaient bel et bien en finale dans des trajectoires convergentes. Le Boeing 747 de Corsair a bien interrompu cette approche pour une procédure "d’attente" selon les termes rassurant du service de communication de la compagnie. Dans un mail que nous adressé Corsair, la Direction de la communication confirme : "« Il s’agit d’une procédure normale. L’appareil de Corsair a fait ce que l’on appelle un tour d’attente à la demande de la Tour de contrôle de l’Aéroport de Gillot, afin de laisser atterrir l’appareil d’Air Mauritius ». Plusieurs témoins de l’incident, ce matin, font pourtant état d’une procédure pour le moins inhabituelle comme l’indiquait Laurent Figon, dans notre édition télévisée à 12h30 : " j’ai vu ce qui s’est passé. L’avion de Corsair a amorcé un virage, donc quittait son approche en piste 12 de Gillot, et juste derrière arrivait l’avion d’Air Mauritius..Ils se sont croisés et je peux vous dire que c’était vraiment impressionnant".


A la sortie des passagers du vol SS910 de Corsair, une équipe télévisée de réunion 1ère a recueilli plusieurs témoignages. Selon les passagers, l’équipage a bien signalé une procédure d’attente et la présence sur la gauche de l’appareil d’un avion de la compagnie Air Mauritius. Les deux avions étaient à une altitude, selon ces témoignages, assez proche...


.Pour la Direction Générale de l’Aviation Civile, toutes les procédures ont été respectées et les 300 mètres de distance entre les deux appareils ont été maintenus. Ainsi, pour le chef du service de la navigation aérienne, Siva Vadivelou, "on a bien eu, à un moment, convergence de deux avions vers un point précis et ensuite le Corsair s’est mis en attente. On doit ménager en général 7 à 8 minutes entre deux gros avions. Ce qui a était vu par les gens pouvait être pris pour une mesure d’évitement alors que c’était juste une rentrée dans l’attente". Mais, après 11 heures de vol pour Corsair, faut-il attendre, la fin de celui-ci, pour éviter que deux appareils.


Autre exemple récent :

Suite à un fort coup de vent, un ULM s’est crashé alors qu’il venait à peine de décoller de la base ULM de Cambaie. Le pilote et le passager qui se trouvaient à bord sont indemnes suite à cet accident.

Le pire a été évité de justesse ce matin sur le tarmac de base ULM de Cambaie. Aux commandes d’un ULM - Mascareignes Air Lines, le pilote a fait une sortie de terrain alors qu’il venait à peine de décoller.
 
Pris "dans une rafale de vent latérale", le pilote a tout mis en oeuvre pour tenter d’atterrir "en douceur" mais une fois au sol, hors de la piste, une roue a littéralement explosé. Par conséquent, l’ULM a vrillé et suite à ce demi-tour difficilement contrôlable, l’aéronef a fini sa course dans un arbre.
 
Par chance, le pilote et son passager sont sortis indemnes suite à cet accident. Toutefois très choqué, le client qui s’offrait un "baptême d’ULM" a été pris en charge par les sapeurs pompiers puis évacué.
(Article)


Là encore, le sensationnalisme médiatique a été favorisé et la partialité du journaliste ne fait pas de doute. 
J'étais en vol le jour de l'accident, qui a eu lieu entre deux rotations et j'ai été interrogé par un journaliste d'un journal beaucoup plus sérieux et fiable, entre autre sur les conditions météo, qui étaient tout à fait habituelles à Cambaie

J'ai quelques mois plus tard revu ce même journaliste et lui ai raconté ce qui c'était réellement passé à savoir que l'appareil avait tout simplement décroché et entamé un départ en vrille, après une mise en vol au second régime, certes (peut être) empirée par une "rafale" mais les ULMs ne se crashent pas à cause du vent. Les paliers d'accélération sont simplement fondamentaux, et imiter certains appareil plus performants, en affichant une forte assiette à cabrer après la rotation ne peut entraîner que des événements qui se retrouvent un jour ou l'autre dans les journaux.
Interroger le pilote uniquement est ridicule puisqu'il est forcément responsable à un degrés plus ou moins important de ce qui s'est passé et peut très difficilement rester objectif sur ses propos. L'Homme et ses vertus ...
 

On retrouve ce mêmes phénomène dans les accidents antérieurs : 

 Un avion de tourisme type Wassner 41 s’est écrasé au Maïdo ce matin à 200 mètres de la route forestière. A son bord quatre personnes, trois passagères et Jacques Lakermance le pilote de l’appareil. Dans le témoignage qu’il a livré à Antenne Réunion, il explique pourquoi cet accident s’est produit et comment il a pu éviter le pire. Quatre personnes ont été blessées lors de ce crash.

 
Jacques Lakermance le dit lui même c’est un "miracle" s’ils sont tous sortis vivants de ce crash (c.f. Deux blessés graves dans le crash au Maïdo). Mais il doit ce prodige qu’à sa grande expérience en tant que pilote. En effet, Jacques Lakermance est le président du Centre Réunionnais de Jeunesse Aéronautique (CRJA) et un pilote expérimenté. 
 
Ce matin, il décolle de Pierrefonds avec trois amies pour une balade dans le ciel réunionnais. Le pilote explique qu’il entre dans une zone de turbulences "exceptionnel" au niveau du Cimendef. Il doit faire face à des vents puissants et il a du mal à contrôler son appareil. 
 
Il parvient tout de même à reprendre le contrôle et au lieu de faire atterrir son petit avion de face, il tente une manoeuvre pour poser son appareil sur le flanc, "comme un hélicoptère", explique-t-il. C’est certainement cette manoeuvre qui a sauvé les personnes à bord. 
 
Finalement, quatre personnes sont blessées dans cet accident à des degrés divers. Les blessés les plus graves sont hélitreuillés au Centre Hospitalier Régional de Bellepierre. 

(Article)

Outre la maîtrise approximative de la langue française et la réputation de ce média, je me souviens avoir entendu le pilote qualifié de "héro" à la radio peu de temps après l'accident, alors qu'il était bien le seul et l'unique responsable de ce crash, et nombreux des pilotes "réguliers" de l'île le savent.

Bon, c'est certainement parler dans le vent que d'en parler, mais quelle triste réalité ! 
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Keep calm and ... bons vols !

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