dimanche 6 octobre 2013

à Pierre

Un très court mot sur le drame qui a eu lieu il y a deux semaines au sein de notre structure, Pierre, un des premiers pilotes de la compagnie aux milliers d'heures de vols, aussi un de mes instructeurs, et mécanicien de la base reconnu de tous s'en est allé, emportant avec lui sa passagère. Un coup très dur après 19 ans sans accident grave, et tous les efforts faits pour éviter ce type d’événement. J'aurais voulu en écrire plus à ce sujet, il y a de quoi dire, mais j'y reviendrais certainement dans des publications futures.
Quand j'ai appris qu'un appareil était porté disparu, qu'il avait décollé de Cambaie aux alentours de sept heures, je savais bien que cette fois ci, il y avait beaucoup de chance pour qu'il s'agisse d'un de nos appareils. Les informations, je les récoltais au compte goutte, comme certainement pour beaucoup des quelques passionnés déjà au courant à la Réunion, qui devaient eux aussi tout suivre sur les réseaux sociaux ou à la radio. Les articles de la presse tombaient au fur et à mesure. Mais en l'espace d'une demie heure, tout est allé extrêmement vite et hélas de pire en pire. Lorsque le nom de la compagnie est tombé, j'étais désormais sûr qu'un de mes collègues était impliqué. Autant dire que ça fait bien froid dans le dos. A ce moment il ne restait qu'une  chose à faire, prier pour que rien de trop grave ne soit arrivé. Des accidents d'ULM il y en a, en général, la principale cause en sont les pannes moteur qui elles, se finissent généralement par un posé plus ou moins en douceur, dans un champ ou su la plage.
Mais les informations ne laissaient pas à penser à un simple atterrissage forcé. Pendant un moment, dix minutes peut être, on a parlé de "médicalisation sur place". Très vite, l'information qu'on espérait très fort ne pas avoir à entendre est arrivée.
 Deux décès confirmés par la préfecture.  
 Il n'y a pas beaucoup de mots pour décrire ce qui se passe à ce moment.

Cet accident est d'autant plus révoltant qu'une quasi certitude règne sur son origine. Comme je le dis souvent, dans une immense majorité des cas, les accidents les plus graves ont lieu à la suite d'une erreur humaine. Et c'est bien triste à dire, mais quelle que soit la façon dont l'accident s'est produit, je pense qu'il y a une très forte probabilité pour qu'il ait pu largement être évité.

En reprenant les 8 derniers accidents (toutes catégories confondues) ayant eu lieu à la Réunion parmi ceux déclarés, ou du moins qui ne sont pas passés inaperçus (certains médias très peu avertis se font d'ailleurs une joie de les énumérer en précisant que l'accidentologie à la Réunion est importante*), on peut facilement en dénombrer 5 directement liés aux facteurs humains, causés par un comportement relativement "dangereux". Deux plus "pardonnables", causés par ce qu'on pourrait appeler une erreur de pilotage, et un seul n'ayant fait aucun blessé.

C'est à cause d'accidents comme celui ci, dont l'origine ressemble trop à nombreux d'autres accidents aériens, qu'on ne peut que confirmer et renforcer l'idée selon laquelle une sensibilisation aux facteurs humains, dont j'avais en vue de parler et dont je parlerai certainement bientôt, est un élément clé de la sécurité aérienne. Et ce à plus forte raison en ce qui concerne la pratique ULM, dont la philosophie rime beaucoup avec la responsabilité individuelle qui va de paire avec la liberté dont nous disposons et à laquelle nous tenons tant.

Bien sûr, on n'est jamais à l'abris d'erreurs, qui peuvent avoir des conséquences plus ou moins graves, mais certaines conduites sont réellement à proscrire.

* Il est entre autre important de préciser que la base ULM de Cambaie est une des plus actives de France, et il me semble bien que la Réunion le département où l'activité ULM est la plus pratiquée en France.


« Je ne sais pas quand et comment se produira le prochain accident, mais je peux vous prédire qui et pourquoi ».
Un article récent et très intéressant du site de facteurs humains MentalPilote :
http://www.mentalpilote.com/etes-vous-un-pilote-gredin


Je vous propose également de lire une publication de Thierry COUDERC, responsable sécurité à la FFPLUM (fédération française ULM) qui date de deux ou trois ans sur l'accidentologie ULM.

En ce qui concerne l'accident en lui même, ceux qui s'intéressent un peu à l'accidentologie savent qu'il s'agit d'un CFIT, c'est à dire que l'appareil était sous contrôle et en régime de vol normal lors de l'impact. Beaucoup de crashs historiques français en sont.
Le BEA a ouvert une enquête d'après la liste d'ouverture des enquêtes de la semaine 38, en espérant qu'un rapport, bien que je ne pense pas qu'il apporte beaucoup de précision, soit publié.

Quoi qu'il en soit, il est bien triste et loin d'être acceptable, qu'un pilote, aussi expérimenté qu'il soit, puisse disparaître dans de telles circonstances ...

Bons vols à tous.

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