dimanche 16 décembre 2012

C'est pas sorcier ! (1ère partie)

RÉCIT DES VOLS DU 27 JUIN 2012
C'est pas sorcier

Le titre de l'article est un bel indice sur ce dont il va être sujet dans ce récit... je n'en dis pas plus !

A mi-chemin entre les épreuves anticipées de première et les vacances d'été (hiver à la Réunion), un soir, je reçois un appel de la base, sans pourtant avoir de vols prévus pour le lendemain. C'est Serge, mon instructeur principal, et chef pilote de la base. ... Dès le début, j'ai une petite idée derrière la tête, on a besoin de moi...
J'avais lu sur le planning, peu de temps auparavant que l'équipe de tournage du magazine scientifique éducatif C'est pas sorcier diffusé sur France 3 allait venir faire un tour, certainement pour quelques plans aériens, pas plus d'info. Plutôt agréablement surpris, j'avais eu dans la tête de passer prendre quelques photos le jour du tournage et voir comment tout cela allait se passer, du moins, depuis le sol.

Voilà, il y a 2 appareils utilisés pour l’événement, un tandem (pilote à l'avant et passager à l'arrière) et un côte-à-côte. Seulement, pour le lendemain, aucun pilote n'est disponible, surtout en ce qui concerne l'appareil côte-à-côte. Et il se trouve que j'ai l'habitude de voler uniquement sur des appareils de ce type, à l'époque, j'ai déjà fait un ou deux vols en tandem mais n'ai pas encore été lâché.
Maintenant c'est sûr, on me demande s'il serait possible d'assurer le vol. Il s'agit en fait du tournage d'une émission, sachant qu'il s'agira de faire voler le célèbre animateur Fred Courant, sur un long vol, suivant un circuit assez semblable au circuit le plus long que l'on propose pour les vols touristiques.
Dans un premier temps j'ai été très surpris et plutôt hésitant (seulement les premières secondes) puisqu'il y aurait éventuellement à commenter les paysages survolés, le tout bien évidemment en étant filmé de partout, pour ensuite passer à la télévision... nationale ! (j'ai l'habitude de parler de la Réunion, mais devant des milliers de personnes en même temps...).

Bien sûr, il n'aurait pas été question de passer à côté d'une opportunité pareille !
C'est donc la veille au soir pour le lendemain que je me retrouve avec un vol loin d'être banal (même si aucun vol ne l'est) sur les épaules. Une nouvelle de dernière minute, qui met un peu d'excitation dans l'air, de quoi stimuler un peu.

Le lendemain, c'est le jour J qui ne se sera du coup pas fait attendre très longtemps, le rendez-vous est fixé pour un briefing de l'équipe à 5h45 à la base. En plein hiver austral, il fait encore bien nuit à cette heure ci, mais nous sommes habitués à voler dès le lever du jour, afin de disposer des meilleures conditions météo pour les vols touristiques (qui eux se font d'ailleurs assez rares en cette période de l'année).
Arrivé à Cambaie, certes gelé mais à l'heure, en essayant de se réveiller un maximum, il n'y a que Serge, qui s'occupera du vol en tandem, et moi. Il faut alors sortir les machines, la mienne en premier, afin de la préparer à l'installation des équipements, nettoyer la verrière et les portes en profondeur.
La première partie de l'équipe arrive finalement avec près d'une heure de retard (une équipe plus artiste que ponctuelle). Je rencontre alors le réalisateur, Pascal Léonard, personnage plutôt original accompagné du cameraman et de l'ingénieur son. Ceux-ci commencent à installer les quelques 4 caméras GoPro, oui seulement 4, et à brancher avec notre aide l'équipement son qui se compose entre autre d'une « centrale », un caisson plutôt encombrant qu'il faut installer à l'arrière du siège passager, et de micros à fixer sur les casques.



Puis c'est au tour de "l'invité" principal, Fred, que l'on connaît tous (en tous cas les petits curieux de ma génération) depuis tout petit, à la télé en escapades pour les sujets de l'émission C'est pas sorcier, de faire son apparition. Il sait déjà que c'est moi qui vais m'occuper du vol. Après avoir parlé un peu du vol justement et de l'émission, il faut signer une autorisation de diffusion, que signent tous les figurants, puis retourner aux tests son.

Tout est prêt, il ne reste qu'un essai moteur tournant. J'installe Fred. Le dernier essai réalisé, et les derniers conseils du réalisateur pris, les GoPro sont lancées. Une sur le hauban passager, deux face à Fred ou orientées vers la cabine et une face à moi (celle là, c'est la mienne !).

Le temps est un peu nuageux sur la côte NO ce matin, principalement en altitude, et j'ai le souvenir que la température était montée assez rapidement.
Celles du moteur, elles, sont correctes, après quelques minutes de chauffe. Nous prenons la direction le point d'arrêt 05. Le S7 décollera en premier, car c'est lui qui transporte le cameraman, et qui nous suivra pendant tout le vol, en formation. Les paramètres pour le décollage sont affichés, une fois alignés et prêts nous attendons le top décollage donné par l'autre appareil.
C'est parti, F-BZ alignement - décollage 05. L'accélération, un peu plus faible en 05 que face à l'océan, puis la rotation et l'envol se déroulent idéalement, le vent est de travers mais léger. Et c'est parti pour près de deux heures de vol en compagnie de Fred, qui présentera son sujet lors de « plateaux », suivis de très près par le second appareil.

 Juste après le décollage, nous commençons le vol en formation, qui s’avérera demander beaucoup de concentration.

"Alors je te préviens tout de suite, pendant le vol si des fois je me mets à parler à Jamy c'est normal hein !"
Et effectivement, dix minutes à peine après le décollage, dès l'entrée dans le cirque de Mafate, Fred sort ses petits papiers et se remémore le premier plateau. Puis c'est parti, pour un premier clap. En articulant un maximum et avec une expression très pédagogue, il se lance dans une introduction du sujet en s'adressant directement à Jamy :


"Bienvenue à l'île de la Réunion Jamy ! [...] et encore tu n'as pas tout vu ! [...] c'est un volcan qui s'est formé il y a 3 millions d'années ... !  
Puis, petit blanc ... il oublie son texte (impossible là de ne pas rire, ça commence plutôt bien). Et le deuxième clap ne sera pas le dernier !
Car ça n'en a pas l'air, mais ce n'est pas évident du tout de s'occuper du plateau de l'animateur, en même temps que Serge me donne les instructions, caps à prendre, vitesse, et comportement à adopter par rapport à son appareil, à la radio, Fred l'entend aussi.


"... à l'échelle de la planète, c'est une tête d'épingle !"
A force j'ai l'intonation, et des morceaux de texte qui sont restés gravés dans ma mémoire, et pour un moment je pense.

Malgré cette petite gène dans le tournage, l'ambiance est bonne dans l'appareil et se détend un peu entre deux plateaux. Nous traversons les cirques de Mafate, Salazie, survolons le trou de fer pour un nouveau plateau et passons plus loin un fin voile nuageux, au niveau de la forêt de Takamaka, dans l'Est humide et sauvage de l'île. A ce moment, la Gopro installée à l'extérieur dans un boîtier étanche se remplit de buée. Un problème que j'ai souvent rencontré lors de mes premières utilisations de la caméra en boiter étanche. A présent je ne l'utilise que lorsque je sais qu'elle risquerait de prendre l'eau, c'est à dire, lorsque je la place à l'extérieur de la machine les jours de mauvais temps.

Finalement, je n'ai pas à dire grand chose, à part confirmer quelques infos que donne Fred.
Les plateaux suivants se déroulent au niveau du Piton de la Fournaise, thème principal de l'émission, puis sur le Piton des Neiges pour enfin arriver à celui qui présente les cirques, et plus particulièrement celui de Mafate.
Mais le cirque est très rapidement survolé et, coup de fatigue ou petit stress dû aux turbulences (cependant légères) que nous rencontrons lors de la descente vers le lagon, Fred a sérieusement du mal à dire son texte jusqu'au bout. En ayant quitté l'environnement montagneux, difficile de présenter une caldeira (cirque) avec le plat de l'océan devant soi. Petit moment de tension, mais qui passera vite en arrivant sur le lagon.

La diffusion étant prévue pour la saison prochaine, c'est à dire la fin d'année, il faut contextualiser :
En arrivant sur l'océan :
"Ici Jamy il fait un temps magnifique, l'eau doit être à ... 28, 30°C... !"

En réalité, il pleut sur la côte NO, et il n'y a vraiment pas grand monde dans l'eau. C'est là qu'il est intéressant de voir la dimension "tournage", même s'il faut mentir, exagérer un peu, il faut dire le texte jusqu'au bout.
Le retour se fait en trajet côtier Nord, côté terre, là c'est assez sportif pour moi, car pour le cameraman embarqué, il faut que je suive des trajectoires avec le plus de précision. Les repères à suivre au sol et à viser loin devant ne sont pas forcément les bons et tout au long du retour, j'ai de nouvelles instructions dans les oreilles.



 En fin de survol en trajet côtier, peu de temps avant le retour sur la base, Fred sort un appareil photo de son blouson et fait mine de prendre quelques photos par la fenêtre :

"Je photographie les tortues marines Jamy ! Ici il y en a plein, et le meilleur moyen pour les observer c'est bien l'avion !"  

En prenant un premier cliché, le bruit du déclencheur retentit :
"Tu la vois celle là ?" Fred prend un air étonné, et prend une nouvelle photo ... 
"Ah et là, c'est mieux ?"

Encore une fois, c'est uniquement pour le tournage, il n'y a pas de quoi être déçu habituellement, mais il n'y a pas de tortue en vue aujourd'hui !

Retour à la base, nous nous posons sans encombre après une verticale et intégration en 05.
C'est le "clap de fin", soulagement. Et pourtant...

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